Santé

Un simple chewing-gum pourrait-il aider à réduire la propagation des virus dans votre bouche ? Une nouvelle étude explore une innovation d’origine végétale

Une action quotidienne… et un risque souvent invisible

Chaque jour, nous respirons, parlons, toussons ou éternuons à proximité d’autres personnes. Ces gestes ordinaires projettent dans l’air de minuscules particules issues de la salive, susceptibles de transporter des virus. En période de rhumes et de grippe — ou lorsqu’un agent respiratoire circule activement — cette réalité banale peut contribuer, sans qu’on s’en rende compte, à la transmission de maladies comme la grippe, les virus de l’herpès simplex ou encore certains coronavirus.

L’idée qu’une simple conversation puisse favoriser la propagation de germes est particulièrement préoccupante dans les lieux où l’on vit ou travaille en proximité : domiciles, bureaux, écoles, transports publics. Pourtant, une piste étonnamment simple se dessine dans la recherche : un chewing-gum d’origine végétale conçu pour piéger des particules virales directement dans la salive, là où elles se concentrent souvent au départ.

Un chewing-gum pour réduire la charge virale : le concept étudié

Et si mâcher un chewing-gum pouvait, à petite échelle, diminuer le risque de transmission ? Des chercheurs de l’Université de Pennsylvanie explorent cette hypothèse, avec des résultats de laboratoire qui attirent l’attention sur la manière dont des habitudes du quotidien pourraient soutenir l’hygiène bucco-dentaire et, potentiellement, limiter la diffusion virale pendant les épisodes épidémiques.

Un simple chewing-gum pourrait-il aider à réduire la propagation des virus dans votre bouche ? Une nouvelle étude explore une innovation d’origine végétale

L’intérêt est réel, notamment parce que cette approche vise un point stratégique : la salive, souvent impliquée dans la réplication et la dissémination de plusieurs virus respiratoires.

Qu’a-t-il de spécial par rapport à un chewing-gum classique ?

Un chewing-gum traditionnel sert surtout à rafraîchir l’haleine ou à combler une envie de sucré. La version expérimentale dont il est question va plus loin : elle intègre des protéines naturelles issues de plantes, sélectionnées pour leur capacité à se lier à certains virus.

Objectif principal : ne pas “tuer” directement le virus, mais plutôt le capturer afin qu’il soit moins apte à se propager ou à infecter des cellules. Les travaux, dirigés par le Dr Henry Daniell (Penn’s School of Dental Medicine), reposent sur deux stratégies majeures.

1) La piste ACE2 d’origine végétale (ciblant le SARS‑CoV‑2)

Une approche consiste à utiliser une version produite par des plantes de la protéine ACE2, naturellement présente dans l’organisme humain. Or, ACE2 sert aussi de récepteur au SARS‑CoV‑2 (virus responsable de la COVID‑19).

Le principe est celui d’un leurre biologique :

  • on apporte dans la bouche de l’ACE2 “supplémentaire” produite dans des plantes comestibles (par exemple la laitue) ;
  • le virus se fixe sur cette ACE2 “leurre” plutôt que sur les cellules humaines.

2) La piste FRIL issue du haricot lablab (influenza et herpès)

La seconde voie s’appuie sur le haricot lablab (aussi appelé haricot jacinthe), qui contient naturellement une protéine nommée FRIL. Cette protéine de type lectine peut se lier à certains sucres présents à la surface de plusieurs virus enveloppés, notamment :

  • des souches de grippe (comme H1N1 et H3N2) ;
  • les virus herpès simplex (HSV‑1 et HSV‑2).

Dans les tests en laboratoire, ces protéines semblent favoriser l’agrégation des particules virales ou entraver leur entrée dans les cellules, ce qui pourrait contribuer à réduire la quantité de virus “actif” dans la salive.

Ce que montrent les résultats en laboratoire (et leurs limites)

Les essais réalisés à ce stade se déroulent en environnement contrôlé (échantillons, modèles viraux, simulations de mastication). Plusieurs points ressortent.

  • Pour le SARS‑CoV‑2, un chewing-gum contenant de l’ACE2 produite par des plantes a entraîné une réduction supérieure à 95 % des niveaux viraux dans des échantillons de salive ou des écouvillons lors d’études précliniques.
  • Avec la formule à base de FRIL (haricot lablab), les chercheurs ont observé des diminutions comparables — au-delà de 95 % — pour la grippe et l’herpès, avec de petites quantités de matériau (environ 40 mg) utilisées dans les tests.
  • La libération des protéines se ferait de façon progressive pendant la mastication, et le produit resterait stable à température ambiante pendant des années, avec des critères de qualité et de sécurité conformes à des standards cliniques.

Cependant, un point essentiel doit être clair : ces résultats proviennent surtout d’études in vitro (type “tube à essai”) et d’expériences simulées, pas encore d’un usage généralisé chez l’être humain. Le but annoncé n’est pas de garantir l’absence d’infection, mais de diminuer la charge virale buccale, ce qui pourrait réduire le potentiel de transmission.

Virus ciblés dans les études (à ce jour)

  • SARS‑CoV‑2 (avec, dans certains tests, des variantes telles que Delta et Omicron)
  • Influenza A : H1N1, H3N2
  • Herpès simplex : HSV‑1, HSV‑2

Mesures utilisées

Les chercheurs s’appuient sur des méthodes de laboratoire évaluant la charge virale ou l’infectiosité, notamment via des tests de réduction de plaques (plaque reduction assays) et autres outils montrant une neutralisation élevée à des doses déterminées.

Pourquoi cibler la bouche peut avoir du sens

On associe souvent les infections respiratoires au nez, mais la bouche joue un rôle majeur : en parlant, riant ou toussant, on émet des gouttelettes de salive susceptibles de contenir des particules virales. Certaines données suggèrent même qu’une transmission via l’oral peut être très efficace pour certains virus.

L’intérêt de cette stratégie est donc d’agir à la source, avant que les particules ne soient projetées dans l’air. Conceptuellement, cela ressemble à un outil simple : mâcher un chewing-gum lors d’un trajet bondé, d’une réunion, ou d’un rassemblement familial. Même si l’approche reste expérimentale, elle s’inscrit dans une tendance visant des solutions accessibles, pratiques et complémentaires.

Détails pratiques rapportés par les équipes de recherche

La fabrication repose sur des procédés de biotechnologie végétale : les protéines sont produites dans des plantes comestibles puis transformées en un format à mâcher, avec une expérience proche d’un chewing-gum standard (goût/texture). Autre avantage envisagé : pas besoin de chaîne du froid, avec une longue durée de conservation.

Les chercheurs présentent cette piste comme une mesure prophylactique (préventive) potentielle, et non comme un substitut à :

  • la vaccination,
  • le masque selon les contextes,
  • le lavage des mains,
  • les mesures de santé publique.

En attendant : gestes simples et utiles au quotidien

Même si ce chewing-gum n’est pas encore disponible, certaines habitudes peuvent déjà contribuer à la santé buccale et limiter la diffusion de germes :

  • Bien s’hydrater : une salive suffisante aide à nettoyer naturellement la cavité buccale.
  • Mâcher un chewing-gum sans sucre : il stimule la salivation et peut favoriser l’élimination mécanique de particules (sans les protéines spécifiques, toutefois).
  • Soigner l’hygiène orale : brossage deux fois par jour, fil dentaire, et suivi dentaire si nécessaire.
  • Redoubler de prudence en cas de symptômes : limiter les contacts rapprochés et envisager le masque dans les espaces clos.
  • Suivre les recommandations saisonnières : vaccination antigrippale et rappels conseillés selon les autorités de santé.

Et maintenant : essais cliniques et prochaines étapes

Le chewing-gum basé sur ACE2 serait déjà entré dans des essais cliniques chez l’humain (phase I/II), avec l’objectif d’évaluer son impact sur la charge virale salivaire. En parallèle, la version fondée sur FRIL attire l’attention pour son potentiel multivirus (notamment contre des virus enveloppés).

Des contextes comme les écoles, les cabinets dentaires, les aéroports ou la saison grippale sont souvent cités comme lieux où une solution simple, peu coûteuse et facile d’utilisation pourrait être pertinente — si l’efficacité et la sécurité sont confirmées.

Des publications, notamment dans des revues telles que Molecular Therapy, ont relayé des résultats cohérents sur plusieurs virus, et la technologie continue d’évoluer au fil des annonces et des études.

FAQ

Ce chewing-gum est-il déjà en vente ?

Non. Il s’agit encore d’un produit en phase de recherche et d’essais cliniques. Avant toute mise à disposition du public, des validations supplémentaires sont nécessaires concernant la sécurité et l’efficacité chez l’être humain.

Fonctionne-t-il contre tous les virus ?

Non. Les tests se concentrent surtout sur le SARS‑CoV‑2, la grippe et les virus herpès simplex. Le potentiel semble plus large pour certains virus enveloppés, mais cela ne couvre pas tous les agents infectieux.

Est-ce sûr ?

Les études rapportent des standards de qualité compatibles avec un usage clinique et, pour la version au haricot, l’absence de certains composés indésirables mentionnés par les chercheurs. Malgré tout, seule une autorisation officielle permettrait d’affirmer la sécurité dans des conditions réelles. Pour toute décision de santé, il faut se référer à des professionnels.

Avertissement

Ce texte est fourni à titre informatif et synthétise des recherches accessibles publiquement. Il ne constitue pas un avis médical. Ce chewing-gum expérimental n’est pas un traitement ni une prévention prouvée contre une maladie. Pour des recommandations personnalisées, consultez un professionnel de santé. La recherche est en cours et les résultats peuvent varier.

Un simple chewing-gum pourrait-il aider à réduire la propagation des virus dans votre bouche ? Une nouvelle étude explore une innovation d’origine végétale